PAROLES SUR UN FILM CONVERSATION AVEC ANTOINE HERRAN (ISOPHRENIA) SUR « LA VITA NOVA » un film de AEP 2019

Salut Ant’O

​J’ai vu ton film il y a une semaine environ. J’essaie de formuler quelque chose à ce propos.

Le souvenir que j’en ai est celui avant tout du trailer, qui représentait les plus grandes lignes pour moi (c’est-à-dire tout ce qui était surprenant) : une musique de techno-ambiant d’un bon goût, ce désert synthétique accompagnant un paysage filmé avec depuis la main, très librement, ce paysage est chaud et sec, évoque la Méditerranée, un peu surexposé car brûlé blanc par le soleil, un personnage noir masqué d’une façon grotesque et toi riant et virevoltant comme une enfant.

La vision du film a ajouté bon nombre d’impressions mais le noyau est là, ça m’a fait penser à de la science-fiction, ou du moins à quel point notre époque semble de la mauvaise science-fiction (il n’y a que de la mauvaise science-fiction, sinon c’est une prophétie). En effet, on peut voir là des souvenirs éternels, des souvenirs de vacance, dans un monde vacant, séché et minéral, déserté par la vie. Ces encarts d’une fête, des verres d’alcool ajoute a cela : l’impression d’une fête sans cesse réitérée, déserté par la conscience, inconsciente, comme les enfants jouent au milieu de la gravité des affaires des grandes personnes, comme des enfants jouent au ballon sur la pelouse d’une enterrement.
Certains jeux de caméra ressemblaient à ce genre d’expérimentation que l’on peut faire quand on découvre un téléphone (surtout avant les smartphones standardisés) et qu’on explore ses fonctions. Quand on s’amuse avec l’œil d’une caméra, dans un moment d’ennui, quand on est là où on est, en attendant d’avoir quelque chose de vrai à filmer. Ces documents sortis de l’ennui que l’on revoit ensuite et qu’on peine à supprimer parce qu’ils sont la trace d’une vie, de la pré-science d’une vie esthétique, encore d’une enfance, du balbutiement, d’une aurore.

Je n’ai malheureusement pas réussi à lire les écrans en anglais, trop rapides pour mon niveau d’anglais (je n’allais pas mettre pause dans la lecture), ainsi je n’ai pas saisi les ‘explications’ qu’ils semblaient vouloir donner (à part quand ce sont des titres plus courts et plus longuement exposés, bien sûr). Alors bien sûr je trouve que ces écrans sont inutiles. Car je n’aime pas le côté subliminal ou parasite ou speedé, car cela me fait réviser tout le film à cette aune (« et si je ne comprenais rien de ce que je vois car cela est codé? » horrible et épuisante perspective). Aussi je regrette qu’il n’y a pas plutôt irruption de la voix humaine (a fortiori celles des acteurs qui sont si magnétiques à l’écran et dont on peut exiger plus de texture), cela d’ailleurs viendrait équilibrer le rapport avec la musique, qui écrase littéralement le film comme un soleil de plomb, comme deux étrangers (le son et l’image) s’allongeraient ensemble sur une couche de fortune, après l’épuisement d’un naufrage, sans se toucher l’un l’autre, sans se parler. Et la musique est si forte – et assez magnifique, c’est vrai, dans son rôle – que cela l’aurait renforcée de l’interrompre parfois ou de s’y inviter par la parole ou les bruits du monde capté par un microphone.

Cela est touchant que tu apparaisses dans le rôle de l’aimée, et l’aimée ressuscitée. As-tu l’impression d’être allée jusqu’au bout de ce travail ? Il me semble que j’attends dans mon esprit des scènes simples qui découlent simplement de ce que tu as créé, elles sont juste là, possible et non-écloses, penses-tu à l’imaginaire du spectateur ? Je crois que tu fuis encore cette question du cinéma mais rappelle-toi, le cinéma donne des rêves à une humanité mutilée, mais le cinéma vient des rêves d’une humanité forte (même trop forte). Ainsi un cycle peut s’ouvrir, libérateur, du cinéma d’action cinématographique. En somme, je ne crois pas à l’art expérimental, d’ailleurs toutes ces dénominations (laboratoire, centre de recherche, expérimentation) proviennent de l’industrie du progrès, et le cinéma peut ne pas être cela.

Ce Vita Nova ne donne pas l’impression d’une vie nouvelle, mais du crépuscule d’une vie perdue, qui vivra éternellement par sa confiance en l’Amour, malgré les épreuves.
Il y a la soif, et heureusement il y a l’eau.
C’est une réussite, et évidemment tu pourrais le refaire plusieurs fois, non ? Tu sais beaucoup de choses, et ce film est comme un voile, on voit à travers, mais on sait pas quoi. Ce calme et cette tension sont agréables, pour moi c’est comme s’il y a un changement en toi.

(…)
Antoine

Mon Cher Antoine,

je lis tes notes sur mon film seulement maintenant

trop de choses et de nouveautés inouïes se passent, tout a tourné au tour de ma « maison » depuis des mois, et peu à peu il faut que ça se calme, la maison doit rester un point de repère silente pour être fonctionnelle, là il y a trop de bruit et d’exigences qui arrivent à moi, trop d’attention m’est demandée, et c’est le cours des choses

je comprends bien que le trailer du film prend l’essentiel, c’est comme ça que je vois les choses aussi, j’aime beaucoup ton écriture, le ton, sa musique, même que tu me fais beaucoup de critiques, et que j’aimerai qu’on en reparle tranquillement face à face en analysant des possibilités, et c’est vrai que souvent dans mes films je prends en considération l’hypothèse la plus présente, et que bien d’autres sont en fait possibles

et le cinéma, comme tu dis, doit par contre donner une perspective plus simplement universelle, dépasser ce coin de vie vécue et présente, je le sais

mais quand tu écris « Ce Vita Nova ne donne pas l’impression d’une vie nouvelle, mais du crépuscule d’une vie perdue, qui vivra éternellement par sa confiance en l’Amour, malgré les épreuves. » tu saisis pourtant mon propos et mon discours, alors ça va..

on parlera encore, et on fera encore des films

l’exercice, comme tu l’appelles

(..)
Ant’O

 

Antoine: la question est : comment établir des plans en respectant la texture ?

Comment faire un geste en conservant l’épaisseur de l’air qui le précéda ? Comment dire quelque chose sans trahir la buée de pensées qui arraisonnait notre imagination, juste avant ?

Antonella: ..c’est tout le travail à faire, la dessus je n’ai pas de doute,

s’il y a une qualité dans mes films, c’est cette cohérence entre la préparation, donnant lieu au tournage, et à l’improvisation qu’il contient; comme une synthèse de l’âme qui regarde en camera et qui choisit par « instinct dirigé »

la complication a lieu plutôt au montage, où plusieurs temps de tournage et de choix des images produit une écriture encore autre, et encore plus « une » de l’idée du film

j’ai trois moments d’écriture, la préparation/scenario, le tournage et le montage, ils sont strictement liés, mais le montage est le vrai moment de choix, le définitif, si définitif existe

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